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Médiathèque de Freyming-Merlebach

Coups de cœur adultes

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Nos coups de coeur adultes:

 

 

Toute la ville en parle, Fannie Flagg



Plus qu'un roman : un appel au bonheur !
L'auteur de Beignets de tomates vertes nous conte, dans ce roman choral, l'histoire d'un petit village du Missouri, Elmwood Springs, depuis sa fondation en 1889 jusqu'à nos jours. Les années passent, les bonheurs et les drames se succèdent, la société et le monde se transforment, mais les humains, avec leurs plaisirs, leurs peurs, leurs croyances, leurs amours, ne changent guère. Et c'est la même chose au cimetière puisque, loin de jouir d'un repos éternel, les défunts y continuent leurs existences, sous une forme particulière. Au fil des décès, ils voient ainsi arriver avec plaisir leurs proches et leurs descendants, qui leur donnent des nouvelles fraîches du village. Tout irait ainsi pour le mieux dans ce monde, et dans l'autre, si d'inexplicables disparitions ne venaient bouleverser la vie, et la mort, de cette paisible petite communauté.

On retrouve dans ce roman revigorant en diable, peuplé de personnages plus attachants les uns que les autres, toute la tendresse, le charme fou et la philosophie heureuse de Fannie Flagg.

 


T'as vu le plan ?, François Theurel

Quelque part entre "action" et "coupez", des univers entiers naissent. Face à un film, nous nous sommes tous retrouvés tôt ou tard marqués par un plan. Un mouvement de caméra, un moment intense, une réplique, une beauté captée, une erreur... Un plan peut autant sauver un film que le torpiller.

Cent plans !

Cent plans classés en neuf catégories, sur lesquels on peut se rincer l'oeil, rire, s'émouvoir ou s'interroger. Ici, vous allez voir des images fixes... mais il ne s'agit pas de les figer. Le défi va être de vous faire ressentir la vie qui les imprègne et les rend mémorables.

Il y aura du plan culte, oui... mais pas que. Une expérience de cinéma sous toutes ses facettes. Un parcours totalement subjectif, pour voir ce qu'on peut en tirer d'universel. Pour que chacun, quel que soit son univers de cinéma, puisse y trouver son compte.

Un ouvrage à parcourir comme on veut, pour y puiser ce que l'on veut.


Le Lambeau, Philippe Lançon

C’est probablement le texte le plus important de l’année 2018. En avril dernier, le journaliste et critique littéraire de Libération Philippe Lançon publiait chez Gallimard Le Lambeau, récit de sa difficile reconstruction après l’attentat contre Charlie Hebdo, en janvier 2015.
Philippe Lançon ne se contente pas de raconter, il écrit. Et c’est toute la différence. Son livre est une composition, et de fait un texte qui par sa portée universelle dépasse le simple témoignage.
Il n’est pas tant question de l’attentat que de son retour vers le monde des vivants, et de sa reconstruction alors qu’il subit opération après opération sur son lit d’hôpital. Cette dimension intime a marqué les lecteurs et les lectrices. Un homme racontait ce que, dans sa chair, signifiait un événement, abstrait parce qu’impensable, que tous avaient vécu collectivement. En mettant des mots sur sa métamorphose, Lançon touche à des questions existentielles.


Leurs enfants après eux, Nicolas Mathieu

Au centre il y a un lac, immobile et huileux, plombé de chaleur. L’été, tous les chemins y convergent. Autour il y a la ville ou ce qu’il en reste, rouillée, déchue, perdue à l’ombre délétère des hauts fourneaux éteints. Anthony a 14 ans quand s’ouvre le roman, qui le suit au plus près quatre étés durant, 1992, 1994, 1996, 1998, pris au piège dès la sortie de l’enfance dans les barbelés d’une vie sans échappatoire. Celle d’un gosse jamais heureux à l’école, rejeton d’une famille cassée net par le licenciement du père. Le roman raconte ainsi des vies comme des brouillons, Anthony et son entourage, son père et sa mère, Steph, cet amour qui sans cesse lui échappe et se refuse, Hacine, Clem. Toute une série de faux départs, de rêves encalminés, de projets noyés dans la poisse, l’alcool et la résignation sociale.

Tous rêvent de foutre le camp, peu y parviennent, les hiérarchies sociales jouant à plein, la plupart condamnés à mener une existence semblable à celle de leurs pères, comme une foutue malédiction. La trame est sombre, mais le roman ne l’est pas, porté par l’énergie de ces adolescents qu’il met en scène, la lumière de l’été, électrisé par le désir sexuel, la rage de vivre de ses protagonistes. Le texte vibre, pulse, dense et vigoureux, emporte le lecteur par son extraordinaire acuité, son infinie sensibilité. Rien n’échappe à ce portrait hyper réaliste de cette France des lisières, des pavillons, d’Intervilles et de la variété, majoritaire mais ignorée, passée par pertes et profits des impératifs d’une mondialisation sans frein.

La justesse bouleversante du regard et des dialogues, la beauté déchirante du texte vous prennent à la gorge. Car c’est d’une tragédie qu’il s’agit, le constat d’un échec et d’un leurre collectifs, qui se termine ironiquement dans l’illusion de l’unité et de la fraternité de la finale de la Coupe du monde de foot. Nicolas Mathieu, qui s’était fait brillamment remarquer à l’occasion de la sortie de son premier roman, Aux animaux la guerre, confirme un talent hors du commun.